PHOTO D'ARCHIVES : Les banques françaises souhaitent que l'État garantisse les prêts pour les élections de 2027, selon le futur chef du lobby bancaire.
Les banques françaises exigent des garanties pour assurer le financement des campagnes des candidats à l'élection présidentielle de 2027, a déclaré Olivier Gavalda, futur patron de la Fédération bancaire française (FBF), alors que la cheffe de file du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen cherche à obtenir des fonds pour sa quatrième candidature.
"Quand vous êtes banquier, votre devoir, c'est de prêter de l'argent avec beaucoup de certitude d'être remboursé et là l'aléa est trop important", a expliqué jeudi à des journalistes le directeur général de Crédit Agricole, qui doit prendre la tête de la FBF en septembre.
"On est conscient que ne pas financer les campagnes pour les présidentielles est une vraie problématique démocratique pour l'ensemble des partis, parce qu'il ne s'agit pas simplement des partis d'extrême, qu'ils soient LFI (La France insoumise) ou Rassemblement national, c'est un problème général", a-t-il ajouté.
La FBF a demandé officiellement au Premier ministre Sébastien Lecornu des garanties d'État pour les financements des campagnes, dont celle du RN, pour l'élection du 18 avril et 2 mai 2027, selon une source proche du dossier.
L'entourage de Sébastien Lecornu a déclaré la semaine dernière que ce dernier envisageait un système dans le cadre duquel les banques et l'État partageraient les risques associés aux prêts à des candidats, confirmant une information du Monde. L'idée de ce consortium a été critiquée par les oppositions de gauche, notamment, qui dénoncent un appui indu à la candidate d'extrême droite.
L'objectif du Premier ministre, selon son entourage, est de prévenir les risques d'ingérence étrangère. Marine Le Pen, confrontée au refus des banques nationales, s'était tournée en 2014 vers un établissement russe pour obtenir un prêt, puis en 2022 vers une banque hongroise.
Le cas particulier de Marine Le Pen, qui s'est pourvue en cassation après sa condamnation en appel le 7 juillet pour détournements de fonds publics, a été notamment évoqué lors d'une réunion le 20 juillet à Matignon avec les représentants des principales banques françaises, réticentes à accorder un crédit à la candidate d'extrême droite, d'abord pour des motifs réputationnels.
"LA MEILLEURE SOLUTION"
"A part les dons, limités par ailleurs, seules les banques (européennes) peuvent financer une campagne présidentielle. Les prêts de particuliers ne peuvent pas financer une campagne présidentielle. Donc, on fait quoi ?", avait lancé en avril dernier la députée RN du Pas-de-Calais sur X, confirmant la difficulté du parti à contracter un emprunt.
Olivier Gavalda souligne que Crédit Agricole ne finance pas les campagnes présidentielles: "C'est totalement exclu de nos politiques de risque."
Le dirigeant cite deux risques principaux : le risque du seuil de 5% des voix nécessaires pour obtenir le remboursement des dépenses de campagne par l'État et "surtout" la remise en cause potentielle des remboursements des comptes de campagne.
En vertu de la législation française, les candidats qui dépassent le seuil des 5% de suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle voient leur frais de campagne remboursés par l'Etat à hauteur de huit millions d'euros maximum, et 10,7 millions d'euros s'ils accèdent au second tour.
Sous réserve, toutefois, d'approbation des comptes de campagne par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). En décembre 2012, la CNCCFP avait invalidé les comptes de la campagne de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de la même année, après que la justice eut mis au jour un système de fausses factures - "l'affaire Bygmalion" - pour masquer d'importants dépassements de frais.
"La bonne solution est de passer par l'État, soit par un financement public, (...) soit par des garanties élevées", juge Olivier Gavalda.
"Je pense que la solution du 'pool', qui évite tout problème réputationnel ou de choix ou d'engagement pour l'un ou pour l'autre, est la meilleure solution", a-t-il ajouté.
L'idée de ce "pool" pour faire face au risque de non-recouvrement pourrait être formalisée dans le projet de loi de finances pour 2027 examiné au Parlement à l'automne.
(Mathieu Rosemain ; version française Augustin Turpin, édité par Sophie Louet)

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